Additifs alimentaires — Dossier

Colorants alimentaires et enfants : l'étude de Southampton

Depuis 2010, six colorants portent un avertissement sur l'hyperactivité chez l'enfant. Mais seuls deux d'entre eux ont vu leur dose journalière admissible réduite depuis — et pas pour cette raison.

L'étude de 2007 et ce qu'elle a vraiment montré

En 2007, une équipe de l'Université de Southampton (McCann et al., publiée dans The Lancet) a testé l'effet de deux mélanges de colorants — associés au benzoate de sodium (E211) — sur le comportement d'enfants de 3 ans et de 8-9 ans. Saisie sur cette étude, l'EFSA a rendu en 2008 un avis prudent : un effet statistiquement mesurable, mais de faible ampleur et incohérent entre les deux tranches d'âge et les deux mélanges testés — jugé trop limité pour justifier, à lui seul, une modification des doses journalières admissibles.

Le choix réglementaire : avertir, pas interdire ni réévaluer la dose

Malgré cette conclusion mesurée de l'EFSA, la Commission européenne a choisi d'imposer, par le règlement (UE) n°238/2010 du 22 mars 2010 (applicable au 20 juillet 2010), une mention d'avertissement obligatoire — « peut avoir des effets indésirables sur l'activité et l'attention chez les enfants » — sur tout produit contenant l'un de six colorants : tartrazine (E102), jaune de quinoléine (E104), jaune orangé S (E110), azorubine (E122), ponceau 4R (E124) et rouge allura AC (E129). Le E104 ne fait pas encore partie des fiches détaillées de ce site.

C'est une mesure de précaution réglementaire, distincte d'une réévaluation toxicologique : les six colorants restent utilisables aux doses déjà autorisées, sans limitation de dose ni interdiction.

Les DJA n'ont pas toutes bougé de la même façon

C'est le point le plus souvent absent des articles génériques sur ce sujet : en 2009, l'EFSA a réévalué individuellement chacun des cinq colorants de ce groupe déjà documentés sur ce site — et seuls deux ont vu leur dose journalière admissible abaissée, pour des raisons sans aucun rapport avec l'étude de Southampton.

Colorant DJA après 2009 Évolution Raison de l'évolution
Tartrazine (E102) 7,5 mg/kg pc/j Inchangée Données jugées insuffisantes pour la réviser
Jaune orangé S (E110) 1 mg/kg pc/j (contre 2,25 avant) Abaissée Effets testiculaires chez le rat à forte dose (Mathur et al.)
Azorubine (E122) 4 mg/kg pc/j Inchangée Données jugées insuffisantes pour la réviser
Ponceau 4R (E124) 0,7 mg/kg pc/j (contre 4 avant) Abaissée fortement (÷~6) Toxicité pour le développement chez le rat + consommation estimée élevée
Rouge allura AC (E129) 7 mg/kg pc/j Inchangée Données jugées insuffisantes pour la réviser

Autrement dit : le jaune orangé S et le ponceau 4R portent une DJA réduite pour des raisons toxicologiques qui leur sont propres — pas à cause de l'hyperactivité. Les trois autres colorants du tableau ont conservé leur DJA d'origine malgré l'étude de Southampton, l'EFSA jugeant les données disponibles insuffisantes pour la modifier.

L'effet indirect le plus fort : la reformulation des recettes

Paradoxalement, l'obligation d'étiquetage a eu un effet plus marqué sur le marché que sur la réglementation elle-même. De nombreux fabricants, en particulier pour les produits destinés aux enfants, ont préféré reformuler leurs recettes avec des colorants naturels (curcumine, extraits végétaux, caroténoïdes) plutôt que de faire figurer cette mention sur l'emballage. La dissuasion commerciale a ici précédé et dépassé la contrainte réglementaire elle-même.

Questions fréquentes

Quels sont les 6 colorants concernés par l'avertissement « enfants » ?

Tartrazine (E102), jaune de quinoléine (E104), jaune orangé S (E110), azorubine (E122), ponceau 4R (E124) et rouge allura AC (E129). Le E104 ne fait pas encore partie des fiches détaillées de ce site.

Cet étiquetage signifie-t-il que ces colorants sont interdits ou limités en dose ?

Non. C'est une obligation d'étiquetage uniquement — les six colorants restent autorisés aux mêmes doses qu'avant 2010. Voir le dossier additifs interdits pour la différence entre ces statuts.

La dose journalière admissible de ces colorants a-t-elle été abaissée à cause de l'étude de Southampton ?

Pour la plupart, non : la tartrazine (E102), l'azorubine (E122) et le rouge allura AC (E129) ont conservé leur DJA d'origine, l'EFSA jugeant les données insuffisantes pour la réviser. Le jaune orangé S (E110) et le ponceau 4R (E124) ont bien vu leur DJA abaissée la même année, mais pour des raisons toxicologiques distinctes et sans rapport avec l'hyperactivité.

Que dit réellement l'étude de Southampton sur l'hyperactivité chez l'enfant ?

Selon l'avis de l'EFSA de 2008 qui l'a examinée, l'étude a montré un effet statistiquement mesurable mais de faible ampleur, incohérent entre les deux tranches d'âge testées (3 ans et 8-9 ans) et les deux mélanges de colorants étudiés — un effet jugé trop limité pour justifier une modification des doses journalières admissibles.