E339 Acidifiants

Phosphates de sodium (E339)

UE : Autorisé (dose limitée)France : Autorisé (dose limitée)

Le phosphate de sodium (E339) est un additif omniprésent — panification, charcuterie, produits laitiers transformés, boissons — dont l'EFSA a fixé en 2019 une nouvelle dose journalière admissible commune à toute la famille des phosphates. Le constat le plus notable de cet avis n'est pas un risque nouveau, mais un dépassement déjà réel : chez les enfants et adolescents à consommation moyenne ou élevée, l'apport en phosphore dépasse cette DJA.

Un additif aux fonctions multiples, rarement identifié seul

Le phosphate de sodium regroupe plusieurs sels (monosodique, disodique, trisodique) utilisés comme acidifiant, correcteur d'acidité, émulsifiant ou agent levant selon la préparation. On le retrouve dans la charcuterie (rétention d'eau), les fromages fondus, les boissons, les produits de panification et de nombreux plats préparés — souvent en combinaison avec d'autres phosphates (E338, E340, E341, E450-452), ce qui rend l'exposition totale difficile à isoler additif par additif.

L'avis EFSA de 2019 : une DJA groupée de 40 mg de phosphore/kg

En juin 2019, l'EFSA a publié une réévaluation complète de huit phosphates alimentaires et fixé une dose journalière admissible commune de 40 mg de phosphore par kg de poids corporel et par jour, exprimée en phosphore élémentaire — cette DJA couvre à la fois le phosphore naturellement présent dans l'alimentation (viande, poisson, produits laitiers) et celui ajouté par les additifs.

Enfants et adolescents : un dépassement déjà constaté, sans révision réglementaire identifiée

C'est le point le plus concret de cet avis : l'EFSA a estimé que les apports en phosphore dépassaient déjà la nouvelle DJA chez les nourrissons, les enfants en bas âge et les autres enfants à consommation moyenne, ainsi que chez les nourrissons, enfants et adolescents au 95e percentile de consommation. Contrairement au cas du nitrite de sodium (E250), où un risque documenté par l'ANSES a débouché sur un règlement européen abaissant concrètement les plafonds d'usage en 2023, aucune révision des teneurs maximales légales des phosphates n'a été identifiée à ce jour dans le règlement (CE) 1333/2008 en réponse à cet avis de 2019 — la nouvelle DJA reste, pour l'instant, une référence scientifique sans traduction réglementaire connue.

Rein et système cardiovasculaire : deux précautions de nature différente

L'avis EFSA distingue deux sujets qu'il ne faut pas confondre. D'une part, un risque établi et quantifié : chez les personnes souffrant d'une insuffisance rénale modérée à sévère, l'élimination du phosphore est réduite, et la DJA de 40 mg/kg ne leur est pas applicable — un excès de phosphore chez ces patients favorise sa précipitation et des complications rénales connues. D'autre part, une corrélation observée mais non tranchée : la littérature scientifique associe un taux de phosphore sanguin élevé à une incidence accrue de maladies cardiovasculaires, mais le panel EFSA a jugé les données insuffisantes pour établir un lien de causalité direct avec les additifs phosphatés alimentaires spécifiquement — l'association existe dans les études, la causalité additif-spécifique n'est pas démontrée.

Statut réglementaire

Union européenne

Autorisé (dose limitée)

Règlement (CE) n°1333/2008, Annexe II, modifié par le Règlement (UE) 2018/74 de la Commission

Dose maximale
Quantum satis dans la majorité des catégories concernées (charcuterie, produits laitiers transformés, boissons, produits de panification), avec des plafonds numériques spécifiques dans certaines catégories comme les charcuteries
Suite donnée à l'avis EFSA 2019
Aucune révision des teneurs maximales légales n'a été identifiée à ce jour dans le règlement (CE) 1333/2008 en réponse à l'avis EFSA de 2019 — la nouvelle DJA groupée reste une référence scientifique, non encore transposée en abaissement réglementaire des plafonds d'usage

France

Autorisé (dose limitée)

Application directe du règlement européen

Mesure nationale distincte
Aucune identifiée

Données toxicologiques (EFSA)

Dose journalière admissible

40 mg de phosphore (P)/kg de poids corporel/jour — DJA groupée couvrant à la fois le phosphore naturellement présent dans l'alimentation et celui apporté par les additifs phosphatés

Cette DJA, fixée en 2019, remplace une ancienne limite provisoire et s'applique à la totalité des apports en phosphore, pas aux seuls additifs. L'EFSA a signalé que les estimations d'exposition dépassaient déjà cette DJA chez les nourrissons, enfants en bas âge et autres enfants à l'apport moyen, et chez les nourrissons, enfants et adolescents au 95e percentile de consommation. Elle a par ailleurs jugé que cette DJA ne s'applique pas aux personnes souffrant d'une insuffisance rénale modérée à sévère, pour lesquelles l'élimination du phosphore est réduite.

Avis 2019-06-12EFSA Journal 2019;17(6):5674 — Réévaluation de l'acide phosphorique et des phosphates (E338-E341, E343, E450-E452)

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Contexte français (ANSES)

L'avis EFSA de juin 2019 a aussi examiné une corrélation observée dans la littérature scientifique entre le taux de phosphore sanguin et l'incidence de maladies cardiovasculaires. Le panel a jugé les données insuffisantes pour établir un lien de causalité direct entre les additifs phosphatés alimentaires et ce risque cardiovasculaire, distinguant explicitement cette corrélation observationnelle du dépassement de DJA chez les enfants, qui repose lui sur un calcul d'exposition et non sur une association épidémiologique.

Source ANSES2019-06-12

Questions fréquentes

Le phosphate de sodium (E339) dépasse-t-il la dose journalière admissible chez les enfants ?

Oui, selon l'estimation de l'EFSA publiée en 2019 : les apports en phosphore (toutes sources confondues, alimentation et additifs) dépassent déjà la nouvelle DJA de 40 mg/kg chez les nourrissons et enfants à consommation moyenne, et chez les enfants et adolescents à consommation élevée.

Le phosphate de sodium a-t-il été interdit ou son usage restreint depuis l'avis EFSA de 2019 ?

Non, aucune révision des teneurs maximales légales n'a été identifiée à ce jour dans le règlement (CE) 1333/2008 en réponse à cet avis. La nouvelle DJA groupée reste une référence scientifique de l'EFSA, sans traduction réglementaire connue au moment de cette fusion.

Les phosphates alimentaires provoquent-ils des maladies cardiovasculaires ?

L'EFSA a examiné une corrélation observée dans la littérature entre taux de phosphore sanguin et risque cardiovasculaire, mais a jugé les données insuffisantes pour établir un lien de causalité direct avec les additifs phosphatés spécifiquement. Le risque documenté et quantifié concerne en revanche les personnes souffrant d'insuffisance rénale modérée à sévère, pour qui la DJA générale ne s'applique pas.